« Comment ai-je pu me faire avoir ? »

Comprendre les stratégies de l’agresseur

« Je ne l’ai pas vu venir ! » dit Marie.  « Comment est-ce que j’ai pu me faire avoir ? » demande Béatrice. Toutes les deux vont mal, mais ni l’une ni l’autre n’a voulu cela.  

Ces deux femmes sont victimes de violences : Marie de violences conjugales et Béatrice de harcèlement au travail.  Quelle que soit la forme de violence (physique, psychologique, verbale, sexuelle ou économique – voir la checklist téléchargeable en fin d’article), la violence tue l’être de la victime à petit feu.

Il est donc important de comprendre les stratégies de l’agresseur pour vous en sortir au plus vite et revenir à la vie.

« Stratégies ? »  Oui, on parle bien de stratégies car la violence est intentionnelle, insidieux, organisée et répétitive.  Parce que si c’était si flagrant que cela, vous l’aurez repéré bien avant et vous ne l’aurez sûrement pas accepté !

Pour dépasser vos mécanismes de défense, la personne violente va utiliser des techniques pour vous soumettre petit à petit à leur jeu malsain.  L’agresseur cherche à dominer, à nuire et à détruire.  Il touche à votre personne et atteint votre intégrité par ses violences répétées.  Ces 5 comportements sont des signaux d’alerte :

  1. La séduction.  L’agresseur trouve une vulnérabilité chez l’autre (un désir, un besoin légitime) et promet d’y répondre ou y répond dans le seul but de séduire.  Il fait croire qu’il est gentil, digne de confiance, le héros du moment.
  2. Lancer des petites piques.  Lorsque la victime commence à faire confiance, croit qu’il est gentil et donc baisse ses gardes, l’agresseur va maintenant lancer des petites piques (des petites attaques physiques qu’il qualifiera de « taquineries » ou critiques verbales sur elle ou son entourage).  Elle ne les aimera pas, mais qualifiera comme étant maladroit, ou en pensant que c’est elle qui est trop sensible.
  3. L’imprévisibilité des actes.  Un moment il va aimer, flatter, séduire ; un autre  moment il va attaquer, piquer, critiquer, rabaisser, humilier, ignorer, mettre en doute…  La victime ne sait plus sur quel pied danser car tout est changeant, instable, imprévisible.  L’ambiance est anxiogène et la peur s’installe.
  4. Sidérer l’autre.  L’imprévisibilité et l’alternance des micro-agressions rendent la victime confuse.  Elle n’arrive plus à réfléchir, elle perd son esprit critique, ne comprend rien, se sent perdue.  Elle va perdre confiance en elle petit à petit, va douter de ses compétences, de sa capacité à agir – au point où elle se résigne.
  5. Culpabiliser l’autre.  Si la victime ose agir, rouspéter, l’agresseur va dire qu’elle en est responsable, que c’est de sa faute, qu’elle l’a provoqué/cherché ou qu’elle sait très bien ce qu’elle a fait.  Bien sûr, c’est faux, car il ment, il minimise ses actes et il déplace sa responsabilité sur l’autre.  La victime n’est jamais responsable des actes de l’agresseur.  JAMAIS.  

L’imprévisibilité et l’alternance de ces différentes stratégies vont vous rendre confuse.  Si vous constatez que vous n’arrivez plus à réfléchir, que vous perdez votre esprit critique, que vous ne comprenez plus rien et que vous vous sentez perdue ou déprimée, il est important de chercher de l’aide pour vous aider à vous en sortir.  Cela peut être une amie, des professionnels ou associations formés au repérage des violences ou encore votre généraliste.

Et sachez que ce n’est pas de votre faute, vous n’êtes pas folle, vous ne vouliez pas cela : c’est l’autre qui est violent. 

On ne se soumet pas à la violence : elle est inacceptable, interdite et punie par la loi.