« J’ai trop honte »

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On préférerait mourir que d’avouer notre honte à quelqu’un. La preuve, posez-vous cette question et observez votre réaction : de quoi est-ce que j’ai honte ? La honte me fait rougir, trembler et je voudrais que la terre s’ouvre et m’engouffre ! Je voudrais tellement l’éviter, le contourner, faire semblant, l’ignorer… mais tôt ou tard, la honte ressurgit et me rappelle que je suis déficiente, que je ne vaux rien.

Autant la culpabilité me dit que j’ai fait quelque chose de pas bien, autant la honte me dit que je suis quelqu’un de pas bien. La honte touche à mon être et pénètre les profondeurs de mon âme, de ma personnalité comme l’encre colore l’eau.  La honte vole mon humanité, mon individualité et « je » disparais…  De ce fait, je pense que je suis moins bien, pas comme les autres, pas digne, et je n’ai pas le sentiment d’appartenir à la race humaine.

Cela va avoir comme conséquence d’éviter les autres, de ne pas savoir comment être en relation, de ne pas être.  La honte affecte la structure de l’être et nous prive des relations aux autres.  C’est une douleur permanente qui va affecter également notre désir.  La honte va donc tuer, annuler, détruire la personne.

D’où vient la honte ?

La honte, vous l’avez compris, est très grave.  Mais d’où vient-elle ?  Si je ne suis pas née honteuse, qu’est ce qui fait que je suis devenue honteuse ?

La honte n’arrive pas toute seule : c’est le tiers qui me fait honte. C’est l’autre qui, par son regard, son jugement, me fait croire que je ne suis pas digne, que je suis défectueuse.

La honte est donc liée au regard.  Sois j’ai vu/regardé quelque chose que je ne voulais pas ou je n’aurais pas dû. Soit parce que l’autre a vu quelque chose chez moi que je ne voulais pas qu’il voit ou qu’il n’aurait pas dû voir/regarder.

Cela peut être des évènements uniques ou répétés.  Si on vous fait honte de manière répétitive – durant l’enfance par exemple – ou si c’est un évènement très grave, un crime ou un traumatisme la honte peut s’incruster dans l’être et vous emprisonner, vous empêchant de grandir et de vous en sortir.

Mais il y a une bonne nouvelle : Il est possible de sortir de la honte. Il est possible de revenir à la vie, retrouve sa dignité, revivre parmi les autres humains et être.

Comment sortir de la honte ?

Tout comme c’est le regard qui m’a plongé dans la honte, j’ai besoin d’un autre regard pour me sortir de la honte : j’ai besoin d’un tiers pour me réhabiliter.  C’est comme si la personne qui m’a fait honte m’a poussé dans un fossé, et maintenant j’ai besoin que quelqu’un d’autre me tende la main et m’aide à me sortir de ce fossé.

Ainsi, j’ai besoin d’un tiers au regard bienveillant.  Une personne chaleureuse et généreuse, le genre de personne qui a toujours un mot plaisant (bon, si vous avez vraiment fait une bêtise, elle va vous le dire, mais sans attaquer votre être), quelqu’un qui, quand vous avez passé du temps dans leur présence, vous vous sentez bien, apaisée, acceptée.  Le genre de personne qui n’a pas le titre ni le diplôme de thérapeute mais qui fait ressortir le meilleur en vous car ils ne jugent pas l’être.  Vous avez donc la permission d’être.  C’est peut-être votre grand-mère, l’épicier, un voisin… quelqu’un de constant et sécurisant qui est là pour vous.  Gardez le contact et fréquentez-les quand vous le pouvez.

Ce qui est important dans ce cheminement, c’est de continuer, persévérer.  La honte touche l’être : elle est donc profondément ancrée.  Ainsi il est nécessaire d’avoir beaucoup de contact avec ces tiers bienveillants pour décrocher la honte et réhabiliter votre être.

Vos tiers « réhabiliteurs » vont petit à petit, par leurs regards et paroles bienveillants, vous ramener à la vie, vous accueillir de nouveau parmi vos semblables, et vous rendre la dignité qui vous a été volée.

Checklist

  1. Savoir et reconnaitre qu’on a honte est le premier pas. Peut-être c’est en lisant ceci que vous prenez conscience de ce « trou » dans votre vie, cette chose qui manque, cette chose qui fait que vous vous sentez défectueuse ou au moins pas comme les autres.
  2. La deuxième étape vers la libération c’est d’avouer votre honte.  Vous aussi vous allez faire un pas courageux : vous allez avouer la honte qui vous habite.  On peut avoir honte d’avouer cette chose qu’on a tout fait pour cacher.  On pense que l’autre va rire, ne pas nous croire ou aura également honte en l’entendant.  Mais quand on est envahi par la honte, on ne se rend pas compte que c’est notre vécu ; l’autre ne voit pas cela de la même manière.  Parfois on a honte des choses tellement dérisoires !  Parfois c’est plus grave notamment dans le cas des agressions sexuelles.  Dire sa honte permet de la sortir de mon for intérieur, l’exposer au regard accueillant de l’autre et la mettre face à la réalité.
  3. Puis baignez dans les regards bienfaisants, généreux de vos tiers « réhabiliteurs ».  Laissez-les tisser en vous, avec vous, une confiance et une dignité inébranlables.  Recevez leur générosité et leur gentillesse qui font tant de bien.