L’enfant intérieur

Sophie vient de piquer une crise. C’est la deuxième fois cette semaine qu’elle hurle des insultes, fait des menaces et finit par casser des objets. Pourtant, Sophie, qui a la quarantaine, est une dame respectée au travail comme dans sa famille, et n’arrive pas à maîtriser ni à comprendre ses accès de colère.

En thérapie, Sophie prend conscience d’une colère très profonde qui l’habite, provenant d’une enfance de maltraitance : comme si toutes les injustices subies, son impuissance devant ces adultes maltraitants, a été stockée dans un réservoir qui menace de déborder à tout moment… 

Il est dit qu’on à l’âge de sa blessure. Cela veut dire que lorsqu’on est blessé émotionnellement, c’est comme si une partie de soi arrête de vivre à ce moment-là. Ainsi, il y a toujours cette partie de soi qui s’est figée et qui a arrêté de grandir.

Pour Sophie qui a baigné dans une ambiance malsaine et toxique durant toute son enfance, elle n’a pas pu se construire sur le plan psycho-affectif. Ce n’est pas de sa faute car c’est aux adultes de protéger et aimer les enfants pour les aider à grandir. Même si elle n’y est pour rien dans son vécu de petite fille, Sophie est maintenant responsable en tant qu’adulte, de ses émotions et comportements. C’est donc elle qui va devoir guérir et faire grandir son « enfant intérieur ».

Mais qui est cet « enfant intérieur » ? 

Comme dit Moussa Nabati, docteur en psychologie et psychanalyste, dans son livre Guérir son enfant intérieur : 

« Tout être humain abrite en lui, telle une poupée russe, deux Moi, l’un adulte, l’autre enfantin. Le premier, soumis au principe de réalité, est capable de se comporter, au travail ou en amour de façon lucide. Le second, en revanche, faute de réflexion et de recul, emportée par une émotionalité débordante, oscille entre dramatisation anxieuse et excitation euphorique. C’est en réalité l’enfant intérieur qui guide les pas de l’adulte. »

Ainsi, si l’enfance s’est bien déroulée avec de l’amour inconditionnel, la sécurité nécessaire pour grandir et des moments heureux réguliers, on aura acquis suffisamment de stabilité psycho-affective pour passer une vie adulte sereine. Mais lorsqu’on a été victime de maltraitance, de violences ou a dû assister impuissant à la souffrance de ses parents, cet enfant intérieur non guéri va se manifester pour crier au secours.

Autrement dit, ce n’est pas vraiment l’adulte qui souffre, mais c’est l’enfant intérieur non guéri qui souffre. Cela veut dire que pour « guérir », il est nécessaire de se reconnecter avec son enfant intérieur, l’écouter et faire la paix.

C’est ainsi que Sophie a pu avancer. Elle comprend mieux ses accès de colère. Aujourd’hui, elle sait repérer quand son enfant intérieur se manifeste dans la colère intense et elle l’écoute. Sophie témoigne : « La petite en moi sait qu’elle est prise en compte et que je ferai tout pour l’aider. Elle est plus en paix maintenant. Ça n’a pas toujours été facile, mais je suis fière de moi – et je suis fière d’elle aussi !»

Et vous, comment va votre enfant intérieur ?