Les parents toxiques laissent des traces

Une mère « suffisamment bonne » donne un amour inconditionnel à son enfant. Cela participe à son estime de lui-même et lui permet de se sentir en sécurité. Un bon père, lui, ouvre le monde à son enfant, le séparant de sa mère pour qu’il puisse prendre son envol et vivre sa propre vie. 

Mais la réalité c’est que tous les parents ne sont pas suffisamment bons : peut-être qu’ils ne sont pas aimants, ou pas bienveillants. Peut-être que vous avez eu des parents absents, incompétents ou négligents. Ou peut-être que vous avez connu des géniteurs toxiques, dominateurs, abuseurs, violents. Et ça, ça laisse des traces.

Il ne suffit pas de faire un enfant ensemble pour devenir parent car être parent n’est pas un état mais une fonction indispensable au développement de l’enfant. Pour grandir psychiquement aussi bien que physiquement, l’enfant a besoin de se savoir aimé et accepté tel qu’il est, mais aussi de se sentir suffisamment en sécurité pour être et avoir des modèles stables pour pouvoir faire confiance.

De même, expérimenter la bienveillance lorsqu’il se trompe, être écouté et validé tant dans ses craintes que dans ses désirs, et de trouver des réponses à ses questions. Il a également besoin d’être encouragé, apprécié et félicité pour ses efforts et ses réussites.

Si un parent n’a pas répondu à ces besoins fondamentaux de l’enfant, celui-ci va trouver des stratégies de survie pour tenter d’apaiser sa souffrance et s’adapter à la réalité du quotidien. Cela peut être des comportements tels que : 

  • Etre fort. On ne devient pas fort parce qu’on avait du soutien, mais au contraire, c’est parce qu’on n’avait pas de soutien et qu’il a fallu trouver une façon de rester en vie. Peut-être que vous êtes devenue persévérante, déterminée, résiliente.
  • Se justifier. Parce que le besoin fondamental d’être entendue et comprise n’a pas été respecté, vous continuez d’expliquer et de vous justifier même adulte en espérant que quelqu’un va enfin vous donner la permission d’exister.
  • L’évitement. Vous avez compris que c’est mieux que d’être toute seule car c’est trop douloureux d’être avec les autres. Vous évitez donc les autres, vous vous isolez, ou vous vous évadez dans des rêveries, ou peut-être vous utilisez des substances pour ne plus penser ou ressentir.
  • Le souffre-douleur de la famille. Peut-être êtes-vous devenu le bouc-émissaire de la famille, censée porter les maux du monde et « payer » pour les autres.
  • Tout contrôler. Lorsqu’on habite un monde effrayant, toxique, imprévisible, il se peut que l’enfant mette en place des stratégies pour tout contrôler et réduire l’anxiété. Maintenant que vous êtes adulte, c’est bien ancré : vous protégez les autres, vous tentez d’être « parfait » pour ne pas être atteinte, ou de trop faire plaisir.
  • L’agressivité. Peut-être que vous ressentez une colère très profonde et cela se manifeste par des accès de colère, l’automutilation, des idées de suicide, l’agressivité verbale ou physique envers les autres.
  • Normaliser la situation. Vous avez tellement vécu des choses douloureuses, que la souffrance est devenue « normale ». Ainsi la toxicité du parent est banalisée, rationalisée et peut-être vous pensez que vous ne « méritez » pas mieux. Or, aucun enfant ne mérite un parent toxique !

Prendre conscience et nommer ce que vous avez vécu sont les premières étapes pour prendre soin de votre cœur blessé. Puis l’expression des émotions – notamment la tristesse parce que vous n’avez pas eu des parents suffisamment bons pour vous aider à grandir, et la colère qui peut être très profonde est tout à fait légitime – est une phase très nécessaire afin de faire le deuil, vous détacher des liens toxiques. Ensuite, vous pourrez créer d’autres relations – ailleurs, et avec des personnes saines – pour mûrir et vivre une vie épanouissante.

Et pour vous, quelle est la prochaine étape dans ce cheminement ?